4 000 dollars l’once : l’or franchit un seuil historique

Des lingots d’or sont exposés pour être photographiés dans une maison de lingots à Mumbai le 3 décembre 2009 (photo d’illustration).
/FW1FP/Nicholas ZIEMINSKI - REUTERS - Arko Datta

Des lingots d’or sont exposés pour être photographiés dans une maison de lingots à Mumbai le 3 décembre 2009 (photo d’illustration).
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Il y a encore une dizaine de jours, Goldman Sachs et JP Morgan prévoyaient que l’or pourrait atteindre les 4 000 dollars l’once d’ici mi-2026. Ce mercredi 8 octobre, le seuil historique est déjà franchi. À 2 heures GMT (4 heures à Paris), le métal jaune s’est échangé à 4 001,11 dollars l’once sur le marché au comptant, un record absolu, dépassant ainsi la barre symbolique que beaucoup jugeaient encore inatteignable il y a quelques mois. À 9h35 ce matin, son cours dépassait les 4035 dollars.
Depuis le début de l’année, l’or a bondi de près de 50 %, une envolée fulgurante nourrie par un contexte mondial sous tension. Au cours des toutes dernières semaines, la paralysie du gouvernement américain (le shutdown), la crise politique en France, les mouvements de révolte dans des pays émergents, dopés par les guerres préexistantes en Ukraine et au Proche-Orient ont poussé les investisseurs à acheter encore plus de la valeur refuge par excellence. De plus, au cours du mois de septembre, les pressions répétées par Donald Trump sur la Réserve fédérale pour abaisser les taux ont également ébranlé la confiance dans le dollar. Résultat : les capitaux se détournent des bons du Trésor américain, et la demande d’or ne cesse pas. En trois ans, son cours a grimpé de 135 %, une progression inédite.
Mais au-delà de la spéculation, et des récentes évolutions du contexte politique américain, cette flambée est avant tout la conséquence d’un changement d’époque : les banques centrales sont devenues un acteur clé du marché. Depuis 2022, celles des pays émergents - Chine, Inde, Turquie, Russie - accumulent des tonnes d’or pour réduire leur dépendance au dollar et se prémunir contre d’éventuelles sanctions internationales, en attendant une hypothétique monnaie commune. Rien qu’en 2024, elles ont ajouté plus de 1 000 tonnes à leurs réserves, un record trois années de suite.
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Pour Pékin, l’or reste un instrument stratégique : il ne dépend d’aucune contrepartie, ne peut être gelé ni saisi, et s’impose comme une assurance ultime en temps de turbulences. Ironie de l’histoire : la « relique barbare », selon la formule de Keynes, redevient le baromètre d’un monde inquiet, où le pouvoir économique tend à se partager de plus en plus au même titre que les réserves d’or. Alors que les Bourses mondiales continuent de grimper, alimentant les rumeurs d’explosion d’une bulle, que le bitcoin bat lui aussi des records, la ruée vers l’or illustre une peur plus profonde : celle de manquer la protection ultime au moment fatal.